Sommaire
  1. Fil fourré sans gaz ou MIG avec gaz : ce qui change vraiment
  2. Brancher le poste : la polarité à inverser
  3. Réglages de départ par diamètre de fil
  4. Souder en tirant : sens d’avance, angle et longueur d’arc
  5. Contrôler le cordon
  6. Si ça ne marche pas
  7. Fumées et protection
  8. Pour aller plus loin

Le fil fourré sans gaz sert quand le vent chasse le gaz, quand la pièce n’est pas parfaitement propre, ou quand vous voulez souder dehors sans bouteille. Son intérêt est net : le flux contenu dans le fil protège le bain de fusion. Son revers l’est tout autant : il laisse du laitier, des fumées plus denses, et un cordon moins lisse que le MIG avec gaz. On choisit ce procédé quand la protection au gaz devient fragile, pas par confort.

En bref

  • Pour souder dehors sans bouteille, le fil fourré sans gaz tolère mieux le vent et la rouille légère que le MIG avec gaz.
  • La torche se branche au pôle -, et la masse au pôle + : sans polarité adaptée au fil, l’arc devient instable.
  • Le fil fourré laisse un laitier à piquer et des fumées plus abondantes : il demande plus de nettoyage que le MIG gaz.
  • Le réglage de départ se fait d’abord sur la vitesse de fil, puis sur la tension, selon le diamètre de fil.
  • Ce procédé convient mieux aux épaisseurs plus fortes qu’aux tôles fines ; pour le métal propre et mince, le MIG gaz reste plus simple.
Torche au pôle -
masse au pôle +, pour les fils fourrés sans gaz de type E71T-11 qui demandent du DCEN
En tirant
la torche reste derrière le bain
0,8 à 1,2 mm
diamètres courants des fils fourrés sans gaz disponibles en petites bobines
Fiche du fabricant
pour le réglage de départ de votre poste

Il vous faut un poste semi-automatique qui accepte l’inversion de polarité, une bobine de fil fourré sans gaz, des galets crantés, un tube contact au diamètre du fil, une brosse métallique, un marteau à piquer le laitier, une meuleuse, un masque de soudeur, des gants de cuir et des vêtements non synthétiques. Si la bobine a pris l’humidité, le résultat se paie vite : pores, arc irrégulier, cordon qui se creuse.

Fil fourré sans gaz ou MIG avec gaz : ce qui change vraiment

Sans gaz, la protection du bain vient du flux enfermé dans le fil. Ce flux brûle dans l’arc, forme une protection locale, puis laisse un laitier sur le cordon. Le fil fourré supporte mieux une brise, une tôle un peu oxydée, une soudure dehors. Le MIG avec gaz reste plus propre et plus lisible sur l’acier bien préparé ; en MAG, on travaille le plus souvent avec un fil plein et un mélange gazeux.

Critère Fil fourré sans gaz MIG avec gaz
Vent Tolère bien Le gaz s’envole, porosité
Rouille et calamine légères Plus tolérant Très sensible
Tôle fine Difficile, risque de percer Mieux adapté
Épaisseurs fortes Bien adapté Possible, selon le poste
Laitier et nettoyage Laitier à piquer et brosser Presque aucun
Fumées Plus abondantes Moins abondantes
Aspect du cordon Plus rugueux, plus de projections Plus lisse
Positions Selon le fil, lisez la fiche, positions NF EN ISO 6947 indiquées en PA, PB, PC, PF, PG… Courantes, selon fil, gaz et mode opératoire
Coût de départ Pas de bouteille ni de détendeur Bouteille à prévoir

Notre choix : le MIG avec gaz pour la tôle fine et propre à l’intérieur, le fil fourré sans gaz pour l’extérieur, les pièces épaisses, ou les assemblages jamais impeccablement dégraissés. La préparation reste utile : blanchissez l’acier à la meuleuse et faites un chanfrein quand l’épaisseur ne permet plus une pénétration correcte en bord droit.

Côté désignation, la NF EN ISO 4063:2023 range le fil fourré sans gaz sous le procédé 114 (fil fourré autoprotégé) et le fil fourré avec gaz actif sous le 136. Ne les mélangez pas : le code dit quelle protection et quel réglage de départ chercher sur la fiche.

Brancher le poste : la polarité à inverser

Sur un poste MIG au fil plein avec gaz, la torche va généralement au pôle +. Au fil fourré sans gaz, beaucoup de fils courants, notamment les E71T-11, se règlent en DCEN : torche au pôle -, pince de masse au pôle +. Avec la polarité du fil plein, l’arc devient nerveux, les projections montent, le cordon perd en régularité.

Sur certains postes, il suffit de permuter deux câbles accessibles ; sur d’autres, le câble de polarité se trouve derrière la façade du dévidoir. La notice du poste et la fiche du fil tranchent. Poste débranché du secteur :

  1. Déplacez les deux connecteurs, ou le câble de polarité interne, selon le modèle.
  2. Serrez franchement : une connexion lâche chauffe et perturbe le courant.
  3. Montez la bobine sans la laisser filer.
  4. Prenez des galets crantés : le fil fourré est tubulaire, un galet lisse le marque et le glisse mal.
  5. Posez un tube contact du diamètre du fil. Il n’y a pas de gaz à guider, mais gardez les pièces de protection prévues par la notice.

La polarité modifie la répartition de la chaleur entre le fil et la pièce : pénétration, stabilité de l’arc et projections en dépendent.

Réglages de départ par diamètre de fil

Le réglage de départ se fait d’abord sur la vitesse de dévidage, puis sur la tension : c’est la vitesse de fil qui fixe l’intensité. Travaillez sur une chute de même épaisseur que la pièce, sinon le réglage ment.

Diamètre du fil Poste visé Remarque
0,8 mm Poste de bricolage Fil courant pour faible épaisseur ; certains fils E71T-11 donnent une plage fabricant d’environ 25 à 125 A
0,9 mm Poste de bricolage Intermédiaire, vérifiez les galets ; plage fabricant typique d’environ 55 à 120 A sur un E71T-11
1,0 mm Selon poste et bobine disponible Pièces plus épaisses, plus d’intensité ; vérifiez la fiche du fil
1,2 mm Seulement si le poste le prévoit Plus de puissance requise ; certains fils E71T-11 commencent autour de 115 A et montent vers 200 A

Un fil trop gros sur une machine trop juste mène au collage ou à un bain paresseux. La fiche technique du fabricant de la bobine reste la meilleure base. Un arc qui crépite trop fort réclame un ajustement de la vitesse de fil ou de la tension ; un fil qui bute sur la pièce, par à-coups secs, demande l’inverse. Corrigez par petits crans : l’oreille, la forme du cordon et la régularité du dépôt sont vos meilleurs repères.

Souder en tirant : sens d’avance, angle et longueur d’arc

Au fil fourré sans gaz, on soude en tirant : la torche avance en laissant le bain derrière elle. Le laitier suit alors le cordon au lieu de passer devant et de s’y coincer, ce qui arrive si vous poussez.

Gardez la torche légèrement inclinée, sans exagérer, et un arc court : un arc trop long ouvre le bain, augmente les projections et favorise la porosité. Amorcez en mettant la pointe du fil au contact de la pièce, puis pressez la gâchette. Le bain dit tout de suite si le réglage est trop froid ou trop nerveux.

Entre deux passes, piquez le laitier au marteau, puis brossez. Le principe est le même qu’avec l’électrode enrobée de la soudure à l’arc, qui laisse aussi une croûte à enlever : un laitier mal retiré reste enfermé dans la passe suivante.

Sur un acier sale, la prudence vaut double. Peinture, rouille épaisse, graisse ou galvanisation polluent le bain : le cordon semble fait, mais il manque de fusion en bordure. On a collé en surface plus que soudé.

Contrôler le cordon

Après piquage et brossage, un bon cordon a un profil régulier, des bords mouillés, aucun pore, et un laitier qui se détache sans arracher le métal. Un cordon bombé, des trous de surface, des morsures sur les bords ou un laitier coincé sont à reprendre.

Gros plan d'un cordon de soudure nettoyé sur une pièce acier, avec profil régulier et bords mouillés visibles
On voit un cordon de soudure en gros plan sur une pièce acier, avec le métal nettoyé autour et les bords mouillés. · Photo: Cordon nettoyé sur acier, MILO TEXTURES, Pexels License

Pour un essai, soudez deux chutes identiques puis cassez l’ensemble à l’étau : la rupture doit se faire dans le métal de base, pas dans le cordon.

Pour tout assemblage qui porte (structure, garde-corps, remorque), faites appel à un soudeur qualifié et, si besoin, à un bureau d’études : la conformité vient du calcul et du contrôle, pas d’un essai.

Si ça ne marche pas

Symptôme Cause probable Correction
Cordon poreux Polarité non adaptée au fil, rouille ou huile, fil humide Vérifier la polarité indiquée par la fiche du fil, meuler à blanc, ranger la bobine au sec
Beaucoup de projections Vitesse de fil trop haute ou polarité mauvaise Baisser la vitesse de fil par petits crans, vérifier le branchement
Manque de fusion, cordon bombé Intensité trop basse, avance trop lente Monter la vitesse de fil, avancer plus vite
Laitier piégé Torche poussée, passe précédente mal piquée Souder en tirant, piquer et brosser
Fil qui bourre ou casse Galets lisses, tube contact usé ou de mauvais diamètre Galets crantés, tube contact neuf au diamètre du fil

Si le fil bourre, regardez d’abord son cheminement dans le dévidoir. Si les pores reviennent, suspectez la préparation de surface avant de toucher aux boutons. Si l’arc semble violent sans raison, contrôlez la polarité.

Fumées et protection

Le flux produit des fumées visibles, parfois denses. Ne mettez jamais la tête au-dessus du bain. Travaillez avec une aspiration, ou au moins une ventilation qui éloigne les fumées de votre respiration ; dehors, placez-vous pour que le vent les emporte sur le côté. La brochure INRS ED 668, publiée en 2014, détaille la prévention et la ventilation pour le soudage à l’arc et le coupage.

Portez un masque à filtre oculaire adapté, des gants de cuir et des vêtements non synthétiques : le synthétique fond et colle à la peau. Projections et rayonnement de l’arc restent présents, même sans bouteille de gaz.

Pour aller plus loin